Mon blog et moi

J’ai 36 ans. Je suis pigiste dans un journal sénégalais. C’est un job mal payé. Je n’ai pas un franc en poche le 10 du mois. Je vis chez mes parents à Pikine, quartier pauvre et populaire de Dakar. C’est un endroit très animé, à l’écart de la capitale. Il y a à Pikine le strict nécessaire pour vivre et mourir pauvre et tranquille. Un marché qui vend le poisson pêché à la mer où les usines de conserve et de textile déversent leurs saletés. Une école primaire avec des enseignants en grève la moitié de l’année pour réclamer des indemnités. Des jeunes désœuvrés qui trainent dans les rues du quartier en attendant la première pirogue pour partir en Europe.

Je vous parlerai souvent de ces jeunes. Beaucoup sont morts en mer en tentant de rejoindre l’ «Eldorado». C’est pour moi une façon d’entretenir leur mémoire. Car ils n’ont pas de tombes à Pikine. Ils ne sont pas enterrés dans le cimetière. C’est un cimetière aux tombes mal maçonnées, avec des épitaphes truffées de fautes d’orthographe.

A Pikine, il y a aussi beaucoup de chats. De gros matous faméliques, chassieux, au poil rugueux, se baladent tranquillement, paire de couilles au vent, sur les toits des maisons en zinc, bâchés contre les pluies et le soleil cuisant. Chaque matin, avant l’arrivée du camion de ramassage, ces félins fouillent rageusement les poubelles à la recherche d’une improbable arête  de poisson à ronger.

Chaque matin,  à 10 heures tapantes, le camion de ramassage se pointe à l’angle de notre rue, toute sirène hurlante – en dépit des protestations outrées de ceux qui, dans le voisinage, font la grasse matinée. Quand le camion d’ordures, richement orné de dessins fantaisistes, arrive, on dirait que ce n’est pas seulement pour prendre les poubelles, mais c’est tout le quartier qu’il est venu ramasser…

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diambar
Ouvrez ce journal, vous y trouverez mes angoisses de célibataire proche de la quarantaine qui vit encore chez ses parents, mais participe aux factures et aux charges du ménage, malgré un job de pigiste mal payé. Mais si vous avez envie d'escapade suivez-moi dans les ruelles étroites et animées de mon quartier populaire à Pikine, dans la banlieue de Dakar. Prenez ma main, sinon vous risquez de vous y perdre. Je vous montrerai comment on vit, on pleure, on rit, on meurt, on joue dans ce coin.
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Ouvrez ce journal, vous y trouverez mes angoisses de célibataire proche de la quarantaine qui vit encore chez ses parents, mais participe aux factures et aux charges du ménage, malgré un job de pigiste mal payé. Mais si vous avez envie d'escapade suivez-moi dans les ruelles étroites et animées de mon quartier populaire à Pikine, dans la banlieue de Dakar. Prenez ma main, sinon vous risquez de vous y perdre. Je vous montrerai comment on vit, on pleure, on rit, on meurt, on joue dans ce coin.

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4 Commentaires

  1. Ah, ce billet m’a donné envie d’en savoir plus… J’ai hâte de lire tes écrits sur Pikine, Dakar, le Sénégal, mais aussi le métier de journaliste pigiste dans ce pays. Alors, bonne continuation !

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