Laye Diaw, ou le commentaire sportif à l’africaine

On ne pige pas grand-chose au foot d’aujourd’hui sans quelques notions en stat. Pour comprendre un match, il faut regarder de près plusieurs données : le taux de possession de la balle, le pourcentage de tirs cadrés, la distance moyenne parcourue, et le toutim. Ces analyses basées sur la logique et le calcul ont la cote sur les télés françaises. Il y a aussi le modèle sud-américain, où le commentateur passionné, débite à un rythme saccadé ses phrases pour créer une intensité dramatique ; et quand il y a but, il pousse un cri interminable : Gooooooaaaaaaaaaaoaaaal ! On retrouve également ce type de commentaire sur les chaînes arabes, assaisonné à l’accent bédouin.

Y a-t-il un modèle africain du commentaire sportif ? Je ne saurais le confirmer. Mais, je fais partie des ses nombreux Sénégalais qui ont aimé le foot, en partie, grâce aux commentaires de Laye Diaw sur Radio Sénégal, à l’époque du monopole d’Etat, jusque dans les années 90.

Diaw est une légende vivante du journalisme sportif sénégalais. Retraité de la chaîne publique, il officie maintenant sur la Rfm, la radio de Youssou Ndour à Dakar.  Un match avec lui, c’est un grand banquet de souvenirs truffés d’anecdotes où il rend hommage à ses anciens instituteurs, salue la mémoire de ses voisins à Saint-Louis, ressuscite les posters jaunis du foot sénégalais : Asmara 68, les Jeux de l’amitié (c’était en 1963). Bref, pour la jeune génération, le palmarès footballistique sénégalais est quasi vierge, mais Diaw réussit la prouesse de rendre chaque Sénégalais fier de l’histoire sportive de son pays.

Avec Diaw, on était loin de ce galimatias bourré de chiffres et d’analyses pseudoscientifiques, servis par des consultants grassement payés par les chaînes câblées. Laye, lui, la seule concession qu’il faisait aux maths, c’est la ligne médiane. « Le ballon qui franchit la ligne médiane » – (comme si c’était en soi un évènement footballistique majeur !).

Je dois avouer que cette expression m’a quand même été d’un grand secours. Lors d’un important concours, on m’a demandé de définir la ligne médiane. Je me suis alors souvenu des commentaires de Laye Diaw, ensuite j’ai visualisé dans ma tête un terrain de foot, et j’ai obtenu la réponse exacte : « C’est la ligne qui sépare une figure géométrique en deux parties exactement égales ». L’autre chose que j’aimais aussi chez Diaw, c’est sa manie de dédoubler les verbes. Et pour ça, il a une formule typique reprise par plusieurs générateurs de journalistes. Cela donnait : « Le portier sénégalais, Tony Mario Sylva*, qui a fini de se dégager »… « Et le ballon qui franchit la ligne médiane. » Quand dans mes dissertations, j’utilisais cette tournure, genre : «Tel écrivain a fini de nous convaincre à l’idée selon laquelle… », mon prof de français biffait cela d’un trait nerveux, avec à la marge ce commentaire en rouge : « Style pompeux et lourd, à éviter». Après, j’ai compris qu’en foot, l’essentiel, c’est de transmettre sa passion. En chiffres ou en lettres !

*Gardien de but des Lions de la Téranga, lors de la Coupe du monde 2002, la seule à laquelle le Sénégal a participé

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diambar
Ouvrez ce journal, vous y trouverez mes angoisses de célibataire proche de la quarantaine qui vit encore chez ses parents, mais participe aux factures et aux charges du ménage, malgré un job de pigiste mal payé. Mais si vous avez envie d'escapade suivez-moi dans les ruelles étroites et animées de mon quartier populaire à Pikine, dans la banlieue de Dakar. Prenez ma main, sinon vous risquez de vous y perdre. Je vous montrerai comment on vit, on pleure, on rit, on meurt, on joue dans ce coin.
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