Ma dernière lettre d’amour

Ma Chère,
Je reste des heures devant mon ordi, à réfléchir à ce que je vais t’écrire. Je tape, puis j’efface… Je recommence inlassablement ce geste. Jusque-là, je ne sais pas ce que je vais te conter. Si je n’avais pas craint que mon silence ne soit mal interprété, je serais resté encore longtemps sans t’écrire, pour mieux réfléchir. J’aligne donc un mot après l’autre, en espérant que le tout fera sens et de livrera le fond de ma pensée. Je suis assailli par le doute ; doute, non pas sur ce que je ressens pour toi, mais sur la possibilité de cet amour. Qu’elle est la part de rêve, d’utopie, de réalisme dans cette histoire. Pardonne-moi d’être un peu pompeux. Les choses sont assez confuses dans ma tête.
J’ai lu Gibran qui dit :
« Quand l’amour vous fait signe, suivez-le
Bien que ses chemins soient raides et ardus,
Et quand il vous enveloppe de ses ailes, cédez-lui
Même si l’épée cachée dans ses pennes vous blesse
Et quand il vous parle, croyez en lui
Même si sa voix brise vos rêves
Comme le vent du nord dévastant un jardin » *
Il me semble que ce passage ait été écrit pour moi. Je le récite tout le temps.
Oui l’amour m’a fait signe. Je l’ai suivi un bout de chemin. Mais je ne peux aller plus loin. Je n’ai plus la force de continuer. Nous avons vécu une idylle, à durée déterminée. Un mois. Ce fut bref, intense, palpitant. Tu étais loin de chez toi. Loin de tes parents, de ton pays. J’’étais seul. Il y avait une attirance mutuelle entre nous sur les plans physique et intellectuel, on partageait le même point de vue sur beaucoup de choses. Tout cela a immanquablement contribué à nous rapprocher. Rien ne dit que les choses seraient aussi belles par la suite. En plus tu m’admires (c’est ton droit !), mais ça ne rassure pas. L’ascendant psycho-professionnel que j’avais sur toi peut l’expliquer. Mais il me semble que tu es restée dans cette fascination des premiers jours – et je n’ai rien fais pour te faire dépasser ce stade. Je me suis employé à cultiver avec toi mon côté… cultivé, parlant de poésie, de cinéma, de littérature. C’est beau tout ça. C’était comme si, instinctivement, j’ai voulu garder le mythe sauf. Tu ne connais presque rien de moi. Tu ignore mes défauts. Je peux te dire qu’il y a en moi autant, sinon plus, de médiocrité et de lâcheté que chez l’homme moyen.
Je suis trop pessimiste pour espérer que nous pourrions encore vivre des moments aussi heureux. Je voudrais le croire ; seulement je ne rassemblerais jamais assez de courage pour faire face à tous les renoncements, à tous les sacrifices que l’amour demande. Je suis trop attaché à ma liberté.
Et pourtant, il n’y a pas un seul matin où je ne me réveille sans l’envie de t’avoir à mes côtés. Il n’y a pas un seul instant où le désir ne me quitte d’être avec toi, de discuter avec toi, de tout et rien. Mais je compte sur le travail du temps, pour faire lâcher prise à la passion, et faire taire cet irrésistible appel des sens qui me pousse vers toi. Je suis au regret de devoir de dire ça : « Si tu veux mon bonheur, oublie-moi »
Merci pour ses moments de plaisirs. Je t’embrasse.
Dakar, le 25 mars 2014
* Extraits du prophète de Khalil Gibran

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diambar
Ouvrez ce journal, vous y trouverez mes angoisses de célibataire proche de la quarantaine qui vit encore chez ses parents, mais participe aux factures et aux charges du ménage, malgré un job de pigiste mal payé. Mais si vous avez envie d'escapade suivez-moi dans les ruelles étroites et animées de mon quartier populaire à Pikine, dans la banlieue de Dakar. Prenez ma main, sinon vous risquez de vous y perdre. Je vous montrerai comment on vit, on pleure, on rit, on meurt, on joue dans ce coin.
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