Réponse à ma lettre de rupture

La semaine dernière, j’ai publié ici la lettre de rupture que j’ai envoyée à ma copine. Je retranscris ici la réponse qu’elle m’a envoyée

«Cher Rahou,

J’ai rêvé de toi cette nuit; j’avais écrit ça il y a quelques jours et je n’avais pas la force de te l’envoyer; je n’ai pas la force maintenant de le relire.

J’ai repensé à la dernière fois où nous avons fait l’amour, à la dernière nuit passée avec toi. A ce sentiment étrange que nous étions ensemble pour la dernière fois, à l’intensité de te sentir en moi qui se mêlait aux restes de la fièvre qui m’avait saisie les jours précédents. Je me souviens de ton corps immense, fort, et lisse et noir, dans le mien, si blanc. Je me souviens de notre dernier réveil commun, un peu engourdi, assez silencieux.
De notre dernière journée. Du déjeuner chez toi, du moment passé à la plage. De la longue marche pour rentrer, main dans la main. De l’arrivée du crépuscule, ton heure préférée, mon heure préférée. De l’agitation de Dakar, et de l’agitation de mes pensées.

Je me souviens de la boule qui s’est installée dans mon ventre et dans ma gorge.  Je me souviens de m’être souvenue.
Une relation qui commence dans la violence d’une agression nocturne (Nous avions été agressés sur la corniche, vers la place du souvenir à 1 heure du mat) ne pouvait s’achever dans la douceur et la simplicité. Je me souviens des quelques heures avant l’agression, quand j’ai vraiment commencé à penser que j’aimerais vraiment être avec toi.

Je me souviens du lendemain de l’agression, quand tu es venu chez moi, que je ne t’attendais pas, que nous avons passé la journée dans ce restaurant de Sacré-cœur dans la chaleur dominicale, les mouches et la sueur. De la journée au commissariat, jusqu’au club de jazz le soir. Puis de la demi-journée au commissariat, du déjeuner et de la sieste à l’université. De la façon dont tu me disais de ne pas aller au journal. Du retour chez moi. D’Abdelatif Kechich, de Bukowski, du poème que nous lisions, qui disait de « se méfier des gens qui lisent », des battements de mon cœur qui s’accéléraient. De tes lèvres sur les miennes.
Le centre culturel français, le restaurant près de Walf, les films, les bus, les jus de fruit, le gingembre. Ton air si dur parfois. Les poignées de main après avoir passé des nuits ensemble.  Les nuits ensemble, les réveils, les mangues et les verres de lait.
La première nuit, où je t’ai dit que je ne couchais jamais la première fois. Le premier matin, où tu m’as chuchoté dans un sourire que ce n’était plus la première nuit.

Il n’y a pas un seul jour où je n’ai pas pensé à toi.  Même si peu à peu, je me suis remise à voir les autres hommes, à voir qu’ils existaient, à les désirer certaines fois ; mais tu étais toujours là, en toile de fonds, avec des livres plein les mots, une grandeur unique, une façon de n’être pas fait pour ta vie qui me faisait penser à la mienne. Et quand je t’oubliais un peu, que je guérissais, tu te rappelais à moi.
Je t’ai fait confiance ; j’ai eu confiance en toi, et en ton amour pour moi. Et je me demande si j’ai eu tort. Si j’ai gâché huit mois de pensées. Je ne sais pas si tu ne m’as pas aimée assez ou si tu as été lâche ; peut-être un peu des deux. J’ai été lâche aussi. Et je me demande quelle part de cette histoire nous avons fantasmé.
Je ne sais pas comment finir cette lettre, qui est sans doute la plus dure qu’il m’ait jamais été donné d’écrire. J’ai trop souffert ; cette histoire m’a abîmée. Je sens comme une fissure que je compte bien refermer. Je crois que je ne veux pas de réponse. Du moins pas tout de suite. Pas dans les prochains jours, pas dans le mois qui vient. Je rajoute simplement que je penserai toujours à toi. »

Sophie

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Ouvrez ce journal, vous y trouverez mes angoisses de célibataire proche de la quarantaine qui vit encore chez ses parents, mais participe aux factures et aux charges du ménage, malgré un job de pigiste mal payé. Mais si vous avez envie d'escapade suivez-moi dans les ruelles étroites et animées de mon quartier populaire à Pikine, dans la banlieue de Dakar. Prenez ma main, sinon vous risquez de vous y perdre. Je vous montrerai comment on vit, on pleure, on rit, on meurt, on joue dans ce coin.
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