J’ai trouvé d’où vient l’âpre, le doux chant des stades

 

Il  est salutaire que cette 30e Coupe d’Afrique des Nations (CAN) n’ait pas succombé à Ebola. Il est heureux de voir que, malgré tout, le jeu se poursuit sur ce continent souvent frappé par les tragédies, terrain miné et surface de réparation des épidémies.

Pendant la CAN, une mascotte en chasse une autre. Quelle image voit-on habituellement de l’Afrique ? Celle de la misère : l’enfant africain, accablé par les mouches, la peau tirée sur les flancs, le ventre gonflé sur des jambes en coton-tige, à la traîne d’un funeste cortège de réfugiés. Cet enfant est devenu la mascotte de l’Afrique. On le voit réapparaître à chaque famine, à chaque guerre sur les papiers glacés des magazines, sur les écrans des grandes chaînes de télé.

Le foot donne le change. La CAN ne doit pas détourner les regards des massacres de Boko Haram, des malades de Guinée, du Liberia ou de Sierra Leone et du terrorisme au Nord-Mali. Mais cette manifestation donne à voir cette autre Afrique qui ne veut plus être un vulgaire grabat, mais un terrain de jeu, de saine passion.

Pendant trois semaines, un bruit singulier va rythmer la vie sur le continent : le cri sorti des entrailles d’un public de stade, repris avec un léger différé par les radios, les télés et qui se transforme en un formidable écho dans nos villes, nos quartiers, nos villages. Ce rugissement vibrant se lève soudainement et atteint son point culminant dans une explosion d’émotions retombant aussi brutalement que le chahut d’une cour de récré brusquement interrompu par le son de cloche. Ecoutez cette clameur des stades, c’est l’addition des cris de chaque supporter, repris en cascade par les aficionados dans les salons, dans les grands-places, dans les transports, les entreprises.C’est le pouls de l’Afrique qui joue. Pour celui qui sait prêter l’oreille, il y a dans cette clameur hurlante les accents de la passion, les modulations de joie ou de déception devant l’action de but ou l’occasion manquée. Car la trajectoire de la balle sur le rectangle vert renvoie souvent celle de ces destinées sur le continent.

Au-delà de ce tumulte, il y a un message subliminal à capter : le message des peuples d’Afrique, qui malgré l’adversité et l’épreuve tentent de trouver leur place dans l’histoire.

C’est pourquoi il y a un formidable espoir en chaque Africain qui s’accroche aux foulées des footballeurs, à  leurs exploits sur le terrain. Cette passion collective est un contrepoids au destin souvent tragique du continent.

On peut déplorer l’influence grandissante du business et l’emprise croissante de l’argent et des applications technologiques sur le football moderne, mais pour beaucoup d’entre nous, ce sport reste une école de la vie, où nous avons acquis les valeurs constitutives de solidarité, du don de soi, de l’esprit d’équipe,de la franche camaraderie. Dans le jeu des professionnels aguerris, dans le coup de reins enchanteur d’un Sadio Mané nous recherchons le souvenir d’un geste lointain qui remonte au temps de l’enfance. De l’Innocence.

Quelque part dans les rues d’Afrique, un gamin esquisse aujourd’hui le geste qui demain fera vibrer à l’unisson les cœurs. Si vous voulez savoir, c’est là que vient le doux chant, l’âpre chant des stades. En regardant la CAN, je ne rêve pas simplement de la victoire, mais d’une Afrique où chaque enfant pourra tranquillement taper dans son ballon.


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diambar
Ouvrez ce journal, vous y trouverez mes angoisses de célibataire proche de la quarantaine qui vit encore chez ses parents, mais participe aux factures et aux charges du ménage, malgré un job de pigiste mal payé. Mais si vous avez envie d'escapade suivez-moi dans les ruelles étroites et animées de mon quartier populaire à Pikine, dans la banlieue de Dakar. Prenez ma main, sinon vous risquez de vous y perdre. Je vous montrerai comment on vit, on pleure, on rit, on meurt, on joue dans ce coin.

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diambar

Ouvrez ce journal, vous y trouverez mes angoisses de célibataire proche de la quarantaine qui vit encore chez ses parents, mais participe aux factures et aux charges du ménage, malgré un job de pigiste mal payé. Mais si vous avez envie d'escapade suivez-moi dans les ruelles étroites et animées de mon quartier populaire à Pikine, dans la banlieue de Dakar. Prenez ma main, sinon vous risquez de vous y perdre. Je vous montrerai comment on vit, on pleure, on rit, on meurt, on joue dans ce coin.

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