La vie est un match, nos amis joueront les prolongations

 

Je repense à ses millions de personnes pour qui le foot est un loisir. Le dimanche, ils sont à la plage, sur les terrains vagues tapant dans la balle pour la forme. A la fin du match, ils n’échangent pas leurs maillots mais de chaleureuses poignées de mains.  Aucun journaliste ne vient les interroger  sur leur score, pour qu’ils disent « l’essentiel c’était de prendre les trois points. » Ici,le score ne compte pas. Parfois iln’ y a pas même pas d’arbitres. Le je qui rend le dessus sur le jeu qui l’emporte sur l’enjeu. L’essentiel, c’est de se bouger,de se dépenser, bruler les graisses enlever le stress causé par les tracas de la vie quotidienne .Le soir on dort bien.  Le lundi matin on a quelques courbatures, mais les jours suivants on se sent tellement mieux qu’on a envie de recommencer. C’est ainsi que jouer au foot le dimanche devient une bonne habitude. On se fait des camarades au jeu. On passe de copains sur le terrain et amis dans  la vie. On s’invite aux baptêmes, aux anniversaires. On assiste aux funérailles.

J’ai connu une des amitiés franches et vieille née sur un terrain de foot du dimanche. Ils sont deux. Bathie et Médoune formaient une paire dans la défense centrale.   Ils sont devenus inséparables dans la vie. Chacun d’eux a donné le nom de l’autre  son fils ainé. Ils ont fait le pèlerinage à la Mecque ensemble.

Le temps passe et accomplit son œuvre. A l’enterrement de Bathie Médoune rend la parole et  dit  l’autre d’une voix triste« pour  la première fois de ma vie, j’ai mal dans l’axe ». Tout le monde avait compris et se sentit triste.  Médoune aimait utiliser des métaphores footballistiques pour parler des situations de la vie courante. Il pleura beaucoup. Dans son oraison funèbre, il rappela les qualités de son défunt partenaire dans  l’axe : défenseur prompt, doué d’un flair remarquable, il était toujours premier sur tous les  bons ballons. Personne ne comprit réellement, mais on l’écouta religieusement.

Le dimanche suivant, Médoune s’achète un maillot Psg (son équipe du cœur) floqué « Thiago Silva » ressort ses godasses qu’il avait raccrochées depuis bientôt 10 ans. A la question de sa femme,  surprise de voir son vieux mari ainsi habillé, Médoune explique  qu’il a décidé  reprendre le sport, d’aller rejouer au foot le dimanche. « C’est la meilleure façon de lui rendre hommage à mon ami Bathie, tu sais  on était comme deux frères dans la vie ».   Emue,  la femme Adja  salue la fidélité de son mari   la mémoire de son meilleur ami. Quand il revient Adja lui chauffe de l’eauet l’encouragea. Médoune sent la fatigue partout. Il a  couru a un train de caméléon, ais c’est suffisant pour réveiller ses rhumatismes.

Le deuil passe. Médoune se dit  qu’après c’est la vie. On a va tous y passer un jour. Mieux vaut faire sa vie. Juste avant de mourir son ami Bathie avait fraichement épousé une deuxième épouse. Une belle et jeune femme qui  lui avait également tapé dans l’œil, « mais le flair remarquable de Bathie  toujours premier sur les bons ballons ». Il avait même entamé les nécessaires démarches pour remarier la fraiche veuve.  Mais comment le dire à Adja ?. Il avait tenté plusieurs métaphore : «la deuxième mi-temps »  « Jouer les prolongations »Toutes ces formules qu’il avait retournées dans sa tête sans oser les prononcer devant Adja.*

Lasse d’attendre, la nouvelle femme menace de  quitter si Médoune n’assume. Par ces temps de froid, Médoune pensant aux douceurs de la endossa son maillot « Thiago Silva »  et dis à Adja : « Tu sais que Bathie est monté il; il faut que j’assure la couverture»

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diambar
Ouvrez ce journal, vous y trouverez mes angoisses de célibataire proche de la quarantaine qui vit encore chez ses parents, mais participe aux factures et aux charges du ménage, malgré un job de pigiste mal payé. Mais si vous avez envie d'escapade suivez-moi dans les ruelles étroites et animées de mon quartier populaire à Pikine, dans la banlieue de Dakar. Prenez ma main, sinon vous risquez de vous y perdre. Je vous montrerai comment on vit, on pleure, on rit, on meurt, on joue dans ce coin.

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