Mes bouffées de chaleur et la femme qui allaite son enfant

 

Je passe par des moments d’hypersensibilité. Des moments où je suis plus réceptif au charme ambiant autour de moi. Dans la rue, je m’attarde un peu plus sur les hanches qui roulent sous les pagnes. Je mate les lisières de corsage. Je suis le parfait idiot en arrêt bouché bée devant la bonne à quatre pattes en train de frotter le carrelage. Mon regard s’accroche désespérément au rebord des jupes espérant secrètement qu’un vent inattendu vienne les soulever.

Quand vous êtes dans ces moments d’hypersensibilité, vous sentez facilement quelque chose durcir entre les jambes, comme un petit serpent qui se détend. Cela peut arrivez quand vous trouvez dans un lieu public. C’est peut être très gênant, surtout quand vous êtes habillé léger. Moi qui suis allergique au caleçon, (ça me donne des irritations), c’est une vraie source de honte. Les bouffées érectiles peuvent surprendre n’importe qui. Elles sont plus fréquentes en période de chaleur. Le froid à tendance à geler les ardeurs : quand on sort de la douche froide, ça se rétracte comme la tête d’une tortue rentrée sous sa carapace… Comme si un voleur de sexe vous avait serré la main

Parfois c’est un désir latent qui vous rend si sensible, ou vos propres souvenirs érotiques qui remontent la surface et vous prennent au piège, ou simplement un moment de lecture qui vous chauffe.

Quand ça vous arrive le matin, il faut rendre grâce à Dieu. C’est une bonne nouvelle. Les médecins disent que c’est la preuve que tout marche. Il n’y pas de « panne mécanique ». Après quand ça bloque, c’est peut-être dû à l’angoisse, au stress de la vie quotidienne.

Lundi matin, je suis debout dans le bus. Je lis, tenant d’une main un journal plié en quatre, et la barre de l’autre. Un bébé pleure, une jeune mère assise en face de moi sort un sein lourd et lui le tend. L’enfant happe goulûment le mamelon, en lorgnant autour de lui. Combien d’hommes dans le bus aimeraient être à sa place ? C’est un garçon. Comment s’appelle-t-il ? Il y a de fortes chances qu’il s’appelle «papa» C’est aussi répandu qu’une épidémie de grippe saisonnières : tous les premiers fils s’appellent « papa », et si c’est une fille c’est « mama ». A la naissance, on vous donne un nom auquel vous n’avez jamais pensé, c’est votre première crise d’identité.

Voir une femme allaiter me renvoie à mon angoisse de ne pas avoir encore enfanté. Un sentiment de défaite personnelle. Quelque part quelqu’un a réussi là où vous peinez encore à faire vos preuves. C’est aussi le même sentiment qui m’anime quand je vois dans les rues les femmes enceintes promener leur ventre rond.

Je pense que ce garçon qui tête est un premier fils. Je le vois à la nature du sein maternel. Il est encore, rond, opulent. Le téton noir foncé, droit. C’est un bébé de deux ans environ. Il prolonge les plaisirs la tétée. Il suce le mamelon et s’arrête et jette un regard circulaire autour de lui. C’est le silence dans le Tata. Il happe encore le sein et à nouveau plonge son visage dans le mamelon et s’aidant de sa main droite pour pomper le lait. C’est ça le privilège d’être arrivé le premier. Je repense au suivant et surtout au dernier de la fratrie. Le pauvre, iI héritera d’un sein flasque, comme d’une baudruche percée. A mon avis, c’est de là que viennent les haines et concurrences entre frères. Abel et Caïn, c’était rien que ça. Plus l’espace entre les deux frères est proche, plus la rivalité est intense. C’est pourquoi, il faut encourager la planification familiale.

Je vois dans la tradition qui donne à l’homme la femme de son défunt frère, la revanche d’une vieille rancune née du pillage du sein maternel par les ainés.

Je connais assez bien l’odeur corporelle des jeunes mères ; elles sentent le lait régurgité et la poudre de talc.

Je mets en cause la pub mensongère sur les produits de beauté dans le taux élevé du divorce à Dakar. Les femmes croient que leur déodorant dure effectivement 24 heures : alors le soir les maris, en plus de la fatigue accumulée dans la journée, n’arrivent pas à les supporter à leurs côtés. C’est la raison pour laquelle beaucoup d’hommes prennent une deuxième femme : pour changer d’odeur.

Revenons à nos crises érectiles, j’ai remarqué que beaucoup de gens menaient une sexualité à peu près tranquille dans les transports en commun à Dakar. Les bus bondés sont d’intenses occasions de palper une paire de fesses, de se frotter à ses nichons aguichants. Les secousses occasionnées par les dos d’ânes favorisent les changements de positions. Seuls, les idiots qui n’arrivent plus à se contrôler se font attraper. Mais que voulez-vous toute sexualité, aussi misérable soit –elle, comporte des risques.

J’écrase deux mouches en plein coït contre les pages de mon journal. Avez-vous remarqué que les insectes qui s’accouplent sont plus vulnérables, plus faciles à attraper. Ils sont tellement concentrés sur leur affaire qu’elles ne voient pas le danger arriver. L’union ne fait pas toujours la force.

 

 

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diambar
Ouvrez ce journal, vous y trouverez mes angoisses de célibataire proche de la quarantaine qui vit encore chez ses parents, mais participe aux factures et aux charges du ménage, malgré un job de pigiste mal payé. Mais si vous avez envie d'escapade suivez-moi dans les ruelles étroites et animées de mon quartier populaire à Pikine, dans la banlieue de Dakar. Prenez ma main, sinon vous risquez de vous y perdre. Je vous montrerai comment on vit, on pleure, on rit, on meurt, on joue dans ce coin.
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