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Vivement Dakar
14. juil.
2014
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Laye Diaw, ou le commentaire sportif à l’africaine

On ne pige pas grand-chose au foot d’aujourd’hui sans quelques notions en stat. Pour comprendre un match, il faut regarder de près plusieurs données : le taux de possession de la balle, le pourcentage de tirs cadrés, la distance moyenne parcourue, et le toutim. Ces analyses basées sur la logique et le calcul ont la cote sur les télés françaises. Il y a aussi le modèle sud-américain, où le commentateur passionné, débite à un rythme saccadé ses phrases pour créer une intensité dramatique ; et quand il y a but, il pousse un cri interminable : Gooooooaaaaaaaaaaoaaaal ! On retrouve également ce type de commentaire sur les chaînes arabes, assaisonné à l’accent bédouin.

Y a-t-il un modèle africain du commentaire sportif ? Je ne saurais le confirmer. Mais, je fais partie des ses nombreux Sénégalais qui ont aimé le foot, en partie, grâce aux commentaires de Laye Diaw sur Radio Sénégal, à l’époque du monopole d’Etat, jusque dans les années 90.

Diaw est une légende vivante du journalisme sportif sénégalais. Retraité de la chaîne publique, il officie maintenant sur la Rfm, la radio de Youssou Ndour à Dakar.  Un match avec lui, c’est un grand banquet de souvenirs truffés d’anecdotes où il rend hommage à ses anciens instituteurs, salue la mémoire de ses voisins à Saint-Louis, ressuscite les posters jaunis du foot sénégalais : Asmara 68, les Jeux de l’amitié (c’était en 1963). Bref, pour la jeune génération, le palmarès footballistique sénégalais est quasi vierge, mais Diaw réussit la prouesse de rendre chaque Sénégalais fier de l’histoire sportive de son pays.

Avec Diaw, on était loin de ce galimatias bourré de chiffres et d’analyses pseudoscientifiques, servis par des consultants grassement payés par les chaînes câblées. Laye, lui, la seule concession qu’il faisait aux maths, c’est la ligne médiane. « Le ballon qui franchit la ligne médiane » – (comme si c’était en soi un évènement footballistique majeur !).

Je dois avouer que cette expression m’a quand même été d’un grand secours. Lors d’un important concours, on m’a demandé de définir la ligne médiane. Je me suis alors souvenu des commentaires de Laye Diaw, ensuite j’ai visualisé dans ma tête un terrain de foot, et j’ai obtenu la réponse exacte : « C’est la ligne qui sépare une figure géométrique en deux parties exactement égales ». L’autre chose que j’aimais aussi chez Diaw, c’est sa manie de dédoubler les verbes. Et pour ça, il a une formule typique reprise par plusieurs générateurs de journalistes. Cela donnait : « Le portier sénégalais, Tony Mario Sylva*, qui a fini de se dégager »… « Et le ballon qui franchit la ligne médiane. » Quand dans mes dissertations, j’utilisais cette tournure, genre : «Tel écrivain a fini de nous convaincre à l’idée selon laquelle… », mon prof de français biffait cela d’un trait nerveux, avec à la marge ce commentaire en rouge : « Style pompeux et lourd, à éviter». Après, j’ai compris qu’en foot, l’essentiel, c’est de transmettre sa passion. En chiffres ou en lettres !

*Gardien de but des Lions de la Téranga, lors de la Coupe du monde 2002, la seule à laquelle le Sénégal a participé

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14. juil.
2014
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Après le Mondial, bon retour sur terre !

Après le Mondial, bon retour sur terre !

C’est toujours comme ça ! A la fin, il y a des gens  ( Les Allemands) qui dansent sous les feux d’artifices, d’autres qui sèchent leurs larmes devant la caméra. La folie du mondial est aussi passée à Dakar. Un moins pendant lequel, sports et business ont renouvelé leurs noces d’or massif. Les marchands ont fait leur promo. Les vendeurs de télé ont fait la bonne affaire. A la fin c’est l’Allemagne qui gagne. Pendant quelques jours encore, les images féériques de Brésil 2014 défileront encore devant nos yeux. Cette Coupe du Monde nous aura offert des émotions, des frissons, des évasions aussi. Elle a aidé à refouler les rigueurs du Ramadan pendant une quinzaine. Les lumières du Maracana se sont éteintes. Avec elles une partie de notre vie.

Demain, nous ne regarderons plus la Coupe du Monde de la même façon. C’est que notre rapport à l’écran aura été révolutionné. Il y a une trentaine d’années, c’est tout un quartier de Dakar qui se regroupait derrière le seul poste téléviseur disponible à 10 Kms à la ronde pour suivre fébrilement les chevauchées diaboliques de Maradonna sur les stades mexicains. Aujourd’hui, chacun peut suivre les exploits de Messi dans l’intimité de sa chambre.

La télé s’est popularisée comme jamais. Chaque matin, les conteneurs des « Modou Modou » débarquent  à Dakar des postes « réformés », dépassés par le progrès numérique en Occident. De bien communautaire, la télé est passée au statut de bijou familial installé dans le salon ; à celui d’un banal gadget dans les chambre d’ado. L’époque où le chef le chef de famille tenait seul la commande est derrière nous. Demain avec la démocratisation d’internet, l’arrivée de la 5G voire plus, et la banalisation des appareils portatifs, les matches seront suivis en temps réels sur les tablettes et les téléphones. Mais, gageons que le foot gardera son côté socialisateur.

Dans nos foyers, la Coupe du Monde a fait du bien. Les enfants ont vu plus souvent Papa. Moins encombré par ses réunions, le mari est rentré plutôt à la maison pour suivre les matchs. Même s’il restait vautré dans son canapé, incapable de détourner la télé de l’écran, et délibérément sourd aux sollicitations domestiques : le gaz à recharger, la facture d’électricité (salée) qui est arrivée à échéance. Quelle belle échappatoire, cela a été Brésil 2014 ! Bon retour sur terre !

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09. juil.
2014
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Comment «Pa Allemand » réussit à caser ses filles

Dakar-taxi-car-rapide 

Lundi matin, je suis dans le taxi pour me rendre au boulot.  Le chauffeur capte une radio dakaroise qui diffuse des infos sur la Coupe du monde. A l’antenne, le journaliste se délecte à l’avance de la palpitante demi-finale, Allemagne-Brésil,  jouée  mardi. Le taximan, sans doute un fan de foot au volant, saute sur l’occasion pour amorcer une discussion. « Tu supportes quelle équipe », me lance-t-il sur un ton familier.  Je dis : « Brésil », plus pour couper court que par conviction. « Moi, je suis pour les Allemands»,  répond du tac au tac le taximan.

Les lundis matin, la circulation est infernale à Dakar ;  je suis rarement d’humeur à bavarder.

J’aime assez le foot, mais de là à entamer une causerie enflammée avec un parfait inconnu. En plus, c’est un vieux, le taximan ; en témoignage son bouc plus sel que poivre.  « Tu sais jeune homme : mes filles m’ont surnommé ‘‘Pa Allemand’’ », ajoute le taximan, une once de fierté dans la voix.

J’ai subitement tiqué. Vous avez sans doute rencontré, au moins une fois, le prototype « Pa Allemand ». C’est le genre de père de famille, invivable, colérique, et à la gifle facile. Ils font régner la terreur chez eux et dans leur quartier. Vous jouez au foot dans la rue, le ballon est balancé chez Pa Allemand, gare à celui qui s‘aventure à aller le chercher…

Sur le coup, une question me turlupine : « Quelle scène ‘‘Pa allemand’’ me  fera-t-il à ma descente quand je lui tendrai un billet de 10 mille pour une course de 700 F Cfa. J’avais oublié de lui signaler que je n’avais pas de monnaie.

Imperturbable, le taximan déroule : « Tu sais jeune homme, moi je ne tolère pas les  thiakhaanes (plaisanteries) dans ma maison. J’ai quatre filles. J’ai donné les deux aînées en mariage ; et elles ont rejoint le domicile conjugal, le soir même. Aux deux qui restent, j’ai clairement dit que je les marierai, sur-le-champ, au premier homme qui se présente ;  je ne demande pas un sou pour ça. » Dépité, il ajoute : « Malheureusement, les jeunes gens d’aujourd’hui sont frileux et plaisantins. »

Arrivé à destination, je sors le gros billet. A ma grande surprise, Pa Allemand me fait gentiment la monnaie. Il me tend même son numéro de téléphone sur un bout de papier, avec une tape amicale : « Appelle-moi, jeune homme, tu verras, les Allemands sont les plus forts. Parole de vieil homme ! »

Ce matin,  lendemain de demi-finale*, en fouillant dans la poche de mon pantalon, je tombe sur le numéro de « Pa allemand ». J’ai difficilement résisté à la tentation de l’appeler pour le féliciter…

Une chose est sûre : si chaque père cherchait à caser ses filles avec cette persévérance bien germanique, le célibat connaîtra une baisse record.

 

*Disputée mardi 8 juillet 2014 à Belo Horizonte, la demi-finale s’est par un score de l’Allemagne sur le Brésil, pays organisateur (7-0)

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02. juil.
2014
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Femmes de footballeurs, épouses d’ambassadeurs, même combat !

Les wags, ça vous dit quelque chose ? C’est l’acronyme de wives and girlfriends (femmes et copines, en anglais) des footballeurs. Elles ne sont pas sur la pelouse, mais elles captent l’attention des médias les plus respectés. Sur le net, pullulent des sites dédiés aux frasques de ces beautés, dont la plupart sont des stars. Mandy Capristo, la copine de Mezüt Ozil est par exemple une chanteuse de R’n’B réputée, presque l’égale d’une Beyoncé. On ne présente plus Irina Shayk Ronaldo, l’une des wags les plus sexy de la planète foot.

Ces sublimes nymphes donnent au Mondial un côté glamour. Dans les gradins, la caméra s’attarde souvent sur ces conjointes, radieuses, une réplique du maillot chéri sur le dos, les joues lisses, peinturlurées aux couleurs du fanion. Ces dames sont bonnes pour le moral de la troupe. C’est pour cela qu’elles font l’objet d’une bienveillante attention. Les wags des Bleus ont été convoyées au Brésil par un avion spécial affrété par la Fédé française de foot. Elles ont même exigé un hôtel cinq étoiles à Copacabana. Veinardes !

Toutes ces faveurs sont justifiées par un fait : les joueurs présents au Mondial représentent leur peuple. Ils sont des ambassadeurs de leurs pays. A ce titre, ils méritent les honneurs de la Nation, ainsi que leurs wags qui dopent leur motivation sur le terrain et les portent à la victoire.

C’est sans doute le même raisonnement auquel est arrivé le Président Macky Sall en signant ce fameux décret, tant décrié par l’opinion et qui octroie, mensuellement, 500 mille de nos Francs aux épouses des ambassadeurs. Après tout, Leurs Excellences, Mesdames les ambassadrices ne sont-elles pas des wags ? Auprès de leurs maris, elles jouent le rôle de réconfort et de supportrices dans leur noble mission : celle de défendre les couleurs du pays à l’étranger. La diplomatie est une compétition de haut niveau. Nos chers ambassadeurs, eux aussi, mouillent le maillot (le costume, plutôt) pour ramener au pays des succès, attirer  des investisseurs. Pour doper l’esprit de gagne chez eux, il n’est pas utile d’avoir une wag dévouée à ses côtés qui pousse au triomphe :  « Vas y chéri, signe une convention d’accord multilatéral !»

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30. juin
2014
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Vivez Mondial et veillez Locales

J’habite un quartier (très) populaire à Dakar. Vous imaginez avec quelque intensité les tremblements de filets à Brésil y résonnent.  Depuis le depuis du Mondial, une bande de jeunes gens, oisifs et passionnés de foot, ont la fâcheuse habitude de se grouper, le soir, sous ma fenêtre et commenter les matchs. Conséquence : je dors presque plus. J’ai des heures de sommeil à rembourser.  Et cela a des effets sur mon humeur.  J’arrive tous les matins en retard au boulot, les yeux bouffis. J’avale des barriques de café pour tenir sur mes jambes. Je suis devenu irritable.  Un rien, je pète les plombs.  Je deviens carrément invivable à cause de ses chenapans.

Pourtant, j’aime le foot, mais ces gosses sont en train de transformer mon mondial en enfer. J’ai beau les dissuader : « Boys, s’il vous plait, parlez moins fort ! Je dois me lever tôt demain ! », rien.  J’ai même tenté de les amadouer en leur payant le thé pour qu’ils bougent de ma fenêtre.  En vain

Dans ce quartier populaire, chaque bande de jeunes a son squat. Avec la chaleur qui s’est abattue ces derniers jours sur Dakar, ils ont carrément boudé leurs lits. Je les comprends : il  fait une telle canicule dans les chambres, quand on doit y dormir à cinq ou à six sans ventilo (Même s’il y en a un, les coupures de courant sont de retour !), c’est mortel. Donc passer la nuit dehors est une aubaine. Mais bon, c’est pas une raison de pourrir la vie aux honnêtes gens.

Miracle ! Depuis cinq jours, ce tapage nocturne a cessé. Je n’entends plus ces galopins ratiociner sous ma fenêtre. Après renseignement, j’ai appris qu’un politicien, candidat à la mairie locale, a recruté tout ce que le quartier compte de malabars désœuvrés pour garnir les rangs de sa caravane, contre 2000 balles et un T-shirt à son effigie. Ils sillonnent, du matin au soir, les rues cahoteuses du quartier avec 400 watt de sono dans les tympans  (Bienfaits pour eux !). Deux bonnes nouvelles à la clé

1)       Ils n’ont plus le temps de suivre les matches

2)     Le soir, ils sont trop vannés pout tenir leur grand place.

Nb : Les élections locales et municipales ont eu lieu au Sénégal le 29 juin 2014. Elles ont été marquées par une large défaite des proches collaborateurs du Président Macky Sall

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30. juin
2014
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Le football serait-il une forme de sexualité ?

Fußball-WM, DDR - Chile 1:1
Equipe chilienne de football. Wikipedia .org

Quelques jours avant le « Mondial », Sophie, une amie, m’avait dit sur un ton irrité : « Je comprends rien à ce jeu puéril : 22 gaillards en culotte courent derrière un ballon ! »

J’avais essayé alors de lui expliquer l’engouement des hommes pour le ballon rond :  « La plupart d’entre eux ont joué au foot dès le sevrage maternel. Et beaucoup ont rêvé d’être des footballeurs professionnels, et parfois ont raté de peu leur carrière. Le foot, c’est donc une façon de revivre une passion de  jeunesse. »

Sophie répliqua, sans quitter son ton sarcastique : « Les femmes, aussi, quand elles étaient petites filles, ont sauté, avec passion, à l’élastique, mais elles n’en font pas une affaire d’Etat… » (J’ai essayé d’imaginer à quoi pourrait ressembler une Coupe du monde de saut à l’élastique ! )

Je comprends l’agacement de Sophie. Son mari est dingue de foot. Même pour un match sans enjeu, il ramène à la maison son groupe d’amis, des footeux du dimanche matin, doués pour commenter des heures durant une rencontre du niveau Moldavie/ Iles Féroé. J’imagine alors l’ambiance chez elle durant les 30 jours de Coupe du monde !

Si je vous parle de mon amie Sophie, c’est que je l’ai revue hier, la première fois depuis le début du Mondial. Entre-temps, elle a acquis une nouvelle théorie du foot qu’elle s’est empressée de m’exposer : « Pour comprendre la passion des hommes pour le foot, expliqua-t-elle, j’ai suivi des matchs avec eux. Je les ai bien observés. J’ai remarqué que lorsqu’il y a une occasion de but, ils sont tous très concentrés : le corps se raidit, les muscles se contractent, le souffle devient court. Et dès que la balle entre, ils laissent exploser leur joie, poussent des cris de mâles heureux, comblés par le spectacle du filet qui, pris de convulsions, frémit… »

C’était la première fois qu’on me faisait une telle lecture du jeu. Je sais que le foot se joue avec les pieds, mais de là en faire une affaire de… jambes en l’air.

Mais sûre de son raisonnement,  Sophie poursuivit : « Un jour, y a eu match nul 0-0 ; j’ai entendu le soupir des hommes qui, découragés, lâchaient sur un ton dépité : ‘‘ score… vierge… et nul’’ »

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25. juin
2014
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Panini, l’album d’une passion de jeunesse

L’édition Panini dédiée à la Coupe du monde 2014 s’arrache, dit-on, comme de petits pains au Brésil.  D’après ce que j’ai pu en voir sur le Net, l’album représente, à grands renforts de photoshop, les joueurs des équipes participant à la Coupe du monde, mais aussi les stades, les emblèmes de chaque pays et les mascottes.

L’album Panini doit réveiller chez beaucoup de lecteurs des paquets de souvenirs. S’il se vend bien ailleurs, sa commercialisation est devenue plus discrète à Dakar. Il n’y a plus le même engouement chez la jeunesse d’ici qu’il y a 15 ou 20 ans. Pour ceux qui ne suivent pas : Panini,  du nom de ses inventeurs italiens, c’ est un album garni de petits posters autocollants de footballeurs.

La collection de ces vignettes a passionné des générations d’écoliers dans le monde.

Panini, c’était plus qu’un simple album de tronches de footeux. Il a cartonné dans les années 80 ; tout comme les Zembla et Tex Willer et les romans photos avaient leurs contingents de fans. C’était une époque où l’essentiel de la culture de masse passait par La photo, la Bd ou le cinéma.

La télé faisait une entrée timide dans les foyers dakarois. Google ou Youtube n’existaient pas.

Nous achetions les vignettes Panini à la sotie de l’école,  en face du cinéma Vox de Pikine, aujourd’hui démoli et et sa ferraille vendue. L’album photos était une façon de vivre sa passion du foot.  J’allais dire sa passion tout court. La copine à qui vous rendiez visite, vous montrait son album personnel où elle est dans ses meilleurs jours. Tout un charme. Maintenant ça se joue sur Facebook.

Panini n’évoque pas seulement une époque révolue avec son cortège de souvenirs, mais il est associé à une certaine façon de vivre.

Il y a sans doute, quelque part dans le monde, des milliers de gens qui, comme moi, nourrissent une nostalgie légitime, et conservent précieusement dans de vieux cartons leurs reliques de jeunesse. D’autres continuent de cultiver leur passion juvénile. Au risque, parfois d’attraper le vice. En consultant les dépêches d’agence, par exemple, j’ai appris qu’un respectable professeur d’une école de Bucaramanga, en Colombie, a été surpris par un élève en train de compléter son album Panini à l’aide de vignettes confisquées en classe.

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24. juin
2014
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Ghana- Allemagne et la « deuxième femme » de mon ami

 

Le mondial, c’est une bonne chose pour les couples. Si j’en juge par mon ami Mandiaye, chez qui j’ai suivi, samedi dernier, le palpitant Ghana/Allemagne.

Mandiaye est devenu un mari plus présent à la maison. Sa femme se plaint moins de ses absences répétées et ses descentes tardives. Ses nombreux réunions et dahiras,  ont, curieusement, beaucoup diminué.  Dès 17 heures, il est présent chez lui, et en pyjama.

Mandiaye est un ami de longue date. Il est marié à Astou, elle aussi devenue une amie.  Ils ont trois charmants bouts de choux. Signe  particulier de Mandiaye : il a le projet de prendre une deuxième épouse. Il m’en parle depuis bientôt trois ans au moins. Seul problème : il ne sait comment l’annoncer à Astou.  C’est une femme de tempérament aux réactions volcaniques.

Comme presque toutes les femmes, Astou n’aime pas le foot tant que ça. Il lui arrive, à l’occasion  de suivre quelques matches, les équipes africaines en particulier.

Samedi, nous étions, tous trois, Mandiaye, Astou et moi, installés confortablement dans leur salon en train de suivre Ghana/ Allemagne. Le  match était  à 1-1. Et mon ami déclara subitement, sur la foi de je ne sais quoi, que le Ghana allait  marquer un deuxième but. Sur ce, il entreprit de donner de la voix :

« Allez Ghana, allez un deuxième ! Juste un deuxième et ça fera l’affaire ! »

Les Blacks stars scorent un deuxième but (2-1). Et rien ne pouvait retenir Mandiaye. Il fallait le voir,  sautillant comme un gamin, soulevant l’écran plat, le serrant contre lui. Fou de joie, il me prit à témoin : « J’ai toujours rêvé d’un deuxième, n’est-ce pas mon ami, Je te l’avais dit ! Je sais que ça arrivera un jour. »

Embarrassé, je ne bougeai pas de mon fauteuil. Astou également gardait le silence. Son visage  s’était subitement fermé. Le jeu reprit son cours. Le calme revient. La joie des Ghanéens… et de Mandiaye fut de courte durée. Trois petites minutes. Les allemands trouvèrent le chemin des filets. Egalité 2-2

Astou se leva brusquement de son fauteuil ; quittant le salon,  elle déclara  sans ciller à son mari, médusé,  « Deuxième-bi ma fi baayi woone » *

Mandiaye poussa un soupir dépité : « Ces Allemands, ce diable de Klose, ils savent vraiment gâcher la fête.»

* Deuxième ne me trouvera pas ici

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18. juin
2014
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Sur le Bord du stade Maracaña, Paolo Coelho s’est assis et à pleuré

 

«Je n’irai pas à la coupe du monde. » C’est pas moi qui le dis, mais l’écrivain brésilien Paolo Coelho, star de la littérature mondiale et auteur du roman cultissime L’Alchimiste.

Coelho est une icône dans son pays et compte des millions de fervents lecteurs dans le monde. Si le Brésil organise le mondial, il le doit, aussi, à l’influence de l’écrivain – (Mais faut pas exagérer).  Coelho faisait partie de la délégation qui a vendu la candidature de son pays devant la Fifa.

C’est donc un grand coup de pied dans la fourmilière qu’a donné Coelho en boudant le mondial organisé chez lui. L’auteur estime qu’on dépense beaucoup trop de sous pour les stades et le foot, alors que les hôpitaux et l’éducation sont en souffrance dans le pays. C’est vrai. Et les Brésiliens avaient même tempêté contre ça.

Coelho est, avec Pélé et le bikini brésilien, les « produits » auriverde les plus admirés au monde. Il est traduit dans toutes les langues parlées et écrites par les hommes. C’est une véritable machine à best-sellers.

Qui n’a pas vu à Sandaga – même après le passage des bulldozers de Khalifa Sall- un Coelho écorné et jauni mais précieusement exposé sur une plie de livres par terre ?

Une amie étudiante m’a récemment confié : «Le dernier Coelho que j’ai lu, c’est ‘‘Sur le Bord de la rivière Piedra je me suis assise, et j’ai pleuré’’. »  C’est un roman, comme ceux qui le suivent et le précédent, mythique. Promenez-vous avec un Coelho, n’importe lequel,  et vous verrez, immanquablement, quelqu’un s’extasier : « Ah, ce roman m’a beaucoup marqué(e)… »  C’est souvent une midinette post-pubère tout droit sortie de sa crise « Arlequin » et Barbara Cartland. Et qui croit découvrir là la grande littérature.

Moi, je vous le dis sans détour : je n’aime pas les livres de Coelho. Ou je n’aime plus. Pendant longtemps, j’en ai eu à mon chevet. Mais un bon matin, je me suis lassé de ses phrases hygiéniques, de son méli-mélo de bons sentiments, de philosophie de comptoir, elle-même mélange de sagesses à deux sous et de contes pour bébés pré-sevrage. C’est plus ma tasse de thé ! Je ne lirai plus Coelho. Sauf s’il publie un « best-seller » ensorceleur sur le mondial brésilien, du genre : ‘‘Sur le Bord du stade Maracaña, je me suis assis, et j’ai pleuré’’ …


 

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Auteur·e

L'auteur: diambar
Ouvrez ce journal, vous y trouverez mes angoisses de célibataire proche de la quarantaine qui vit encore chez ses parents, mais participe aux factures et aux charges du ménage, malgré un job de pigiste mal payé. Mais si vous avez envie d'escapade suivez-moi dans les ruelles étroites et animées de mon quartier populaire à Pikine, dans la banlieue de Dakar. Prenez ma main, sinon vous risquez de vous y perdre. Je vous montrerai comment on vit, on pleure, on rit, on meurt, on joue dans ce coin.

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