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Vivement Dakar
20. déc.
2014
Correspondances amoureuses
1

Réponse à ma lettre de rupture

La semaine dernière, j’ai publié ici la lettre de rupture que j’ai envoyée à ma copine. Je retranscris ici la réponse qu’elle m’a envoyée

«Cher Rahou,

J’ai rêvé de toi cette nuit; j’avais écrit ça il y a quelques jours et je n’avais pas la force de te l’envoyer; je n’ai pas la force maintenant de le relire.

J’ai repensé à la dernière fois où nous avons fait l’amour, à la dernière nuit passée avec toi. A ce sentiment étrange que nous étions ensemble pour la dernière fois, à l’intensité de te sentir en moi qui se mêlait aux restes de la fièvre qui m’avait saisie les jours précédents. Je me souviens de ton corps immense, fort, et lisse et noir, dans le mien, si blanc. Je me souviens de notre dernier réveil commun, un peu engourdi, assez silencieux.
De notre dernière journée. Du déjeuner chez toi, du moment passé à la plage. De la longue marche pour rentrer, main dans la main. De l’arrivée du crépuscule, ton heure préférée, mon heure préférée. De l’agitation de Dakar, et de l’agitation de mes pensées.

Je me souviens de la boule qui s’est installée dans mon ventre et dans ma gorge.  Je me souviens de m’être souvenue.
Une relation qui commence dans la violence d’une agression nocturne (Nous avions été agressés sur la corniche, vers la place du souvenir à 1 heure du mat) ne pouvait s’achever dans la douceur et la simplicité. Je me souviens des quelques heures avant l’agression, quand j’ai vraiment commencé à penser que j’aimerais vraiment être avec toi.

Je me souviens du lendemain de l’agression, quand tu es venu chez moi, que je ne t’attendais pas, que nous avons passé la journée dans ce restaurant de Sacré-cœur dans la chaleur dominicale, les mouches et la sueur. De la journée au commissariat, jusqu’au club de jazz le soir. Puis de la demi-journée au commissariat, du déjeuner et de la sieste à l’université. De la façon dont tu me disais de ne pas aller au journal. Du retour chez moi. D’Abdelatif Kechich, de Bukowski, du poème que nous lisions, qui disait de « se méfier des gens qui lisent », des battements de mon cœur qui s’accéléraient. De tes lèvres sur les miennes.
Le centre culturel français, le restaurant près de Walf, les films, les bus, les jus de fruit, le gingembre. Ton air si dur parfois. Les poignées de main après avoir passé des nuits ensemble.  Les nuits ensemble, les réveils, les mangues et les verres de lait.
La première nuit, où je t’ai dit que je ne couchais jamais la première fois. Le premier matin, où tu m’as chuchoté dans un sourire que ce n’était plus la première nuit.

Il n’y a pas un seul jour où je n’ai pas pensé à toi.  Même si peu à peu, je me suis remise à voir les autres hommes, à voir qu’ils existaient, à les désirer certaines fois ; mais tu étais toujours là, en toile de fonds, avec des livres plein les mots, une grandeur unique, une façon de n’être pas fait pour ta vie qui me faisait penser à la mienne. Et quand je t’oubliais un peu, que je guérissais, tu te rappelais à moi.
Je t’ai fait confiance ; j’ai eu confiance en toi, et en ton amour pour moi. Et je me demande si j’ai eu tort. Si j’ai gâché huit mois de pensées. Je ne sais pas si tu ne m’as pas aimée assez ou si tu as été lâche ; peut-être un peu des deux. J’ai été lâche aussi. Et je me demande quelle part de cette histoire nous avons fantasmé.
Je ne sais pas comment finir cette lettre, qui est sans doute la plus dure qu’il m’ait jamais été donné d’écrire. J’ai trop souffert ; cette histoire m’a abîmée. Je sens comme une fissure que je compte bien refermer. Je crois que je ne veux pas de réponse. Du moins pas tout de suite. Pas dans les prochains jours, pas dans le mois qui vient. Je rajoute simplement que je penserai toujours à toi. »

Sophie

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15. déc.
2014
Correspondances amoureuses
3

Ma dernière lettre d’amour

Ma Chère,
Je reste des heures devant mon ordi, à réfléchir à ce que je vais t’écrire. Je tape, puis j’efface… Je recommence inlassablement ce geste. Jusque-là, je ne sais pas ce que je vais te conter. Si je n’avais pas craint que mon silence ne soit mal interprété, je serais resté encore longtemps sans t’écrire, pour mieux réfléchir. J’aligne donc un mot après l’autre, en espérant que le tout fera sens et de livrera le fond de ma pensée. Je suis assailli par le doute ; doute, non pas sur ce que je ressens pour toi, mais sur la possibilité de cet amour. Qu’elle est la part de rêve, d’utopie, de réalisme dans cette histoire. Pardonne-moi d’être un peu pompeux. Les choses sont assez confuses dans ma tête.
J’ai lu Gibran qui dit :
« Quand l’amour vous fait signe, suivez-le
Bien que ses chemins soient raides et ardus,
Et quand il vous enveloppe de ses ailes, cédez-lui
Même si l’épée cachée dans ses pennes vous blesse
Et quand il vous parle, croyez en lui
Même si sa voix brise vos rêves
Comme le vent du nord dévastant un jardin » *
Il me semble que ce passage ait été écrit pour moi. Je le récite tout le temps.
Oui l’amour m’a fait signe. Je l’ai suivi un bout de chemin. Mais je ne peux aller plus loin. Je n’ai plus la force de continuer. Nous avons vécu une idylle, à durée déterminée. Un mois. Ce fut bref, intense, palpitant. Tu étais loin de chez toi. Loin de tes parents, de ton pays. J’’étais seul. Il y avait une attirance mutuelle entre nous sur les plans physique et intellectuel, on partageait le même point de vue sur beaucoup de choses. Tout cela a immanquablement contribué à nous rapprocher. Rien ne dit que les choses seraient aussi belles par la suite. En plus tu m’admires (c’est ton droit !), mais ça ne rassure pas. L’ascendant psycho-professionnel que j’avais sur toi peut l’expliquer. Mais il me semble que tu es restée dans cette fascination des premiers jours – et je n’ai rien fais pour te faire dépasser ce stade. Je me suis employé à cultiver avec toi mon côté… cultivé, parlant de poésie, de cinéma, de littérature. C’est beau tout ça. C’était comme si, instinctivement, j’ai voulu garder le mythe sauf. Tu ne connais presque rien de moi. Tu ignore mes défauts. Je peux te dire qu’il y a en moi autant, sinon plus, de médiocrité et de lâcheté que chez l’homme moyen.
Je suis trop pessimiste pour espérer que nous pourrions encore vivre des moments aussi heureux. Je voudrais le croire ; seulement je ne rassemblerais jamais assez de courage pour faire face à tous les renoncements, à tous les sacrifices que l’amour demande. Je suis trop attaché à ma liberté.
Et pourtant, il n’y a pas un seul matin où je ne me réveille sans l’envie de t’avoir à mes côtés. Il n’y a pas un seul instant où le désir ne me quitte d’être avec toi, de discuter avec toi, de tout et rien. Mais je compte sur le travail du temps, pour faire lâcher prise à la passion, et faire taire cet irrésistible appel des sens qui me pousse vers toi. Je suis au regret de devoir de dire ça : « Si tu veux mon bonheur, oublie-moi »
Merci pour ses moments de plaisirs. Je t’embrasse.
Dakar, le 25 mars 2014
* Extraits du prophète de Khalil Gibran

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02. déc.
2014
Mon quotidien
0

Extraits des carnets solitaires

Je vous livre ici, en vrac, quelques passages extraits du cahier où je note mes pensées, mes idées.

Ce matin, deux questions «existentielle» me taraudent

1-    Comment aller aux toilettes quand les fosses septiques de ma maison sont pleins à déborder ; dois-je en  rajouter ?

2-    Je ne sais toujours pas si je dois mêler mes caleçons bon marché à mon linge ? Comment réagira la femme de ménage ?

Fatou travaille chez moi (maison familiale) depuis seulement trois mois. D’habitude, on ne se parle presque pas. Elle arrive tous les matins à 9 heures. Elle est aussitôt absorbée par ses travaux domestiques. Fatou porte sa tenue de tous les jours : un t-shirt déteint d’où sortent des bras graisseux ; un vieux pagne élimé qui enveloppe à peine ses énormes hanches. Son visage tacheté garde les séquelles d’une intense activité de dépigmentation, le khessal.

De ma terrasse j’aperçois, Khoudia, fille de joie aux charmes fanés, assise sur le pas de sa porte, la main sous le menton, le regard tourné vers un insondable horizon. Pense-t-elle à prendre une retraite anticipée ? Ce serait une mauvaise nouvelle pour les célibataires du quartier !

Pour tout vous dire, je me vois, dans quelques années, en bon père famille, marié à  une Sénégalaise obèse et dépigmentée. Pour la bonne ou mauvaise raison que j’ai été culturellement «préparé» à cela. Je sais bien qu’il y a un peu de lâcheté à vouloir se réfugier derrière son éducation pour justifier ses choix. En réalité, je suis plus conservateur que je veux bien le laisser paraître.

Je me demande pourquoi Facebook ne me propose que des filles à ajouter sur ma liste d’amis.

Quand j’entre dans ma chambre désordonnée, mes nombreux livres éparpillés sur le lit, sur la commode m’interpellent : « Lis-mois s’il  te plait ». Y a du beau monde sur ma liste de lecture : Wilde, Mabanckou, Gide…

Je suis triste de constater que sur les marchés de Dakar, les vendeurs de téléphones portables et autres gadgets électroniques prennent la place des librairies « par terre  » C’est peut -être ça le progrès ! C’est dans ces librairies à ciel ouvert, que j’ai découvert Hugo, Gide Dostoïevski, Camus et, pardonnez moi, Gerard de Villiers.

Une bibliothèque nationale est plus utile pour le Sénégal qu’une arène de lutte !

Le samedi, je me lève tard. Et généralement, je n’ai qu’une idée en tête : profiter du temps libre devant moi pour flâner. J’aime bien acheter, à  25 Francs Cfa, sur les tables des vendeuses ménopausées, des sachets de thiaf ;  la seule denrée qui échappe à l’inflation. Tout en marchant, j’aime sucer la clémentine sucrée ou les oranges du pays au goût acide que les  vendeurs peuls pèlent en rondelles avant de les décapiter d’un coup de couteau. Quant aux grosses pastèques vertes entassées sur le bas-côté de la route, je me plais à les regarder comme de gros œufs pondus par des dinosaures échappés du jurassique…

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10. nov.
2014
Mon quotidien
4

Dans la clinique du monde

Je tiens un livre ouvert sur mes genoux. Je lève les yeux vers le ciel. C’est la naissance du jour. Un vent frisquet caresse mes joues, secoue paresseusement le feuillage des arbres comme une maman réveille un enfant un lundi matin : « Mon chéri, lève toi tu dois aller à l’école. » Je suis assis sur ma terrasse sur une longue chaise en fer, habillé d’un simple  short  aux couleurs de l’équipe de foot de mon quartier sans palmarès. Je suis sorti de  mon lit un peu plutôt, quand la nuit était encore noire, pour lire (un luxe que peut se payer un célibataire). Là j’assiste à la naissance du jour, médusé et amusé. L’aube est pour moi un moment intensément poétique, de réveil, d’éveil et d’étonnement. Je sais que vous êtes en train de vous dire que je suis un pauvre rêveur désœuvré… Mais je l’assume.

J’ai donc arrêté la lecture (un livre de Ken Bugul, acheté au « par terre ») pour admirer l’aube, contempler le vol inaugural des oiseaux,  sorte de décrassage matinal dans le ciel. Une lueur blanche s’élève à l’horizon, dissipant les dernières ombres autour des blocs de maisons.  A  cette heure du jour, me revient toujours une chanson apprise à l’école  primaire. Vous devez sans doute la connaître, mais je vais quand même vous la chanter :

« Le coq chante et le jour parait

 tout s’éveille dans le village

Pour que le bon couscous soit prêt, 

Femme  debout et  du courage

Pilons pan pan,

Pilons gaiement »

Je dois une fière chandelle à ces pauvres femmes. Non seulement, elles doivent se lever dès potron-minet pour faire le couscous, une harassante corvée ; mais le soir on les trouve dans nos villes, à l’angle des rues, sous les lampadaires, emmitouflées dans les pagnes fatigués pour vendre le couscous, thiéré – diner favori des célibataires fauchés comme moi.

 Les hauts parleurs des mosquées  murmurent  une oraison sereine, la wazifa : c’est une berceuse langoureusement psalmodiée dans cette maternité du monde où vient de naître un jour, un jour nouveau frais et beau ? ll s’appelle lundi, c’est un beau bébé au teint rose, emmitouflé dans ses draps de nuages. Ils clignent déjà de l’œil à la lueur prochaine du soleil. 

De ma terrasse j’aperçois des hommes, encore ensommeillés, qui  trottent  sur le bas-côté de la route, pour aller affronter les embouteillages du matin. Je sais  qu’intérieurement,  ils sont en train de maudire  leur patron.

Bientôt la terre est emplie par une rumeur de klaxons, d’interpellations frénétiques des coxers («Dakar, Dakar Dakar » ) des rideaux de commerce qui se lèvent. Hier, c’était comme ça. Aujourd’hui et demain ce sera sans doute pareil. Du haut  de  ma  terrasse, j’assiste, dubitatif, au spectacle pitoyable d’un monde affairé qui va chercher le pain du jour  et, si possible, le gain d’une vie. Moi, célibataire assumé et endurci, sur qui ne pèse aucune contrainte familiale,  je laisse les hommes à leurs occupations matérielles pour regagner mon lit à une place et me couvrir de la chaleur de mes draps solitaires.     

 

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09. oct.
2014
Mon quotidien
1

Mon mouton de Tabaski.

 

J’ai acheté un mouton pour la Tabaski, Aïd el kébir. C’est la première fois que ça m’arrive. J’ai attendu d’avoir près de quarante balais pour ça. Une première qui a rendu rendu fiers les membres de ma famille, en particulier ma mère. Je crois qu’elle y a vu le signe d’un début de sortie de mon long célibat. Ou en tout cas un effort louable de la part de son fils pour devenir un homme normal, un vrai homme !

Pendant longtemps, la Tabaski a été pour moi un jour comme un autre. Célibataire, sans enfant,  et sans projet de mariage sérieux,  j’ai jamais ressenti une pression particulière pour ce jour.  Contrairement à mes amis mariés,  et déjà père d’une consistante famille, qui doivent se décarcasser pour trouver un mouton respectable, acheter des basins riches dont le prix du mètre peut me nourrir pendant deux semaines. Sans compter tous autres les accessoires,mais indispensable : greffages, cheveux naturelles etc.
Je crois que la Tabaski c’est le seul jour où mes amis mariés m’envient mon statut matrimonial.  Moi, je suis loin de cette frénésie dispendieuse. Je dois ajouter, pour être honnête, que j’ai trop le choix, fauché comme je suis habituellement.
Mais cette année, chose tout à fait insolite, moi, Rahou, célibataire endurci et invétéré, qui commence à avoir des poils blancs à la tête, à la barbe (et ailleurs), j’ai  fièrement attaché un bélier devant la maison à côté de ceux de mes frères et beaux-frères. Les gens n’en revenaient pas.
Pour dire vrai, bélier, c’est un terme trop généreux pour mon mouton. C’est un animal à robe noire tachée de blanc, rachitique , les côtes saillantes, bien visibles à travers sa peau tendue presque transparente. Mais c’est quand même un bélier si vous considérez l’envergure des cornes, plusieurs fois enroulées ; et si l’on en juge aussi par la paire de testicules balèzes, et qui balaient le sol.
J’ai dégoté l’animal la vieille de la Tabaski parmi un troupeau de « peuls peuls » à un prix symbolique (15 mille balles).  Le  vendeur, un berger maure enturbanné, avait visiblement hâte de s’en débarrasser avant qu’il ne meure entre ses mains. Le mouton, éreinté, souffrait d’une diarrhée sévère sans discontinu, comme un robinet foiré. Aucun charretier ne voulait l’embarquer. Les taxis, n’en parlons pas. J’ai dû le traîner à la laisse, nuitamment pour éviter les regards moqueurs.  C’ aurait été un mouton de Tabaski volé qu’on aurait aucun mal à repérer nos traces. L’animal a jalonné tout le chemin de ses intarissables déjections liquides.
 Arrivé chez moi, je lui attache un morceau de tissu à la queue et lui  administre un bouillon de terramycine. En vain.
Le jour de la Tabaski. Ma mère toque à ma porte. Il est dix heures passées. J’ai raté la prière, comme d’hab. J’ai du mal à me lever tôt. A mon réveil, toute la maison est emplie de bêlements de moutons effrayés, ligotés prêts à être sacrifiés.  L’ égorgeur est un sympathique voisin, boucher de métier. A ma grande surprise mon mouton est encore vivant. La diarrhée s’est ralentie, mais il n’a plus la force de bêler.  On l’amène au bord du trou pour lui sectionner les artères. Au dernier moment, je retiens la main de mon voisin qui avait dégainé un couteau ultra tranchant.  « Arrêtez .Ne l’égorgez pas ! Dama koy yaar. »   Dubitatif, le serial killer de  moutons  lève les yeux sur moi.  « Je garde mon mouton pour la Tabaski prochaine. »  confirmé-je.  Ma mère, mes frères et sœurs sont aussi surpris, mais au fond  d’eux  ils sont soulagés d’être dispensés de manger ce mouton anémique et diarrhéique. Moi aussi.
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22. sept.
2014
Non classé
0

notes de lectures (2)

Les Cahiers de Don Rigoberto

Don Rigorberto répudie sa femme Dona Lucrecia pour inceste avec son beau-fils, Fonfon. Pour ne pas sombrer dans la solitude et la folie, il cherche (désespérément) refuge dans ses cahiers, où il a recrée un univers imprégné de fantasmes et des souvenirs de Dona Lucrecia.

Don Rigoberto est un fervent épicurien, passionné par les choses de l’esprit. Le peintre Egon Schiele, artiste autrichien lubrique, mort à 28 ans de la grippe espagnole, hante le jeune Fonfon, enfant malicieux qui veut réconcilier son père à son ex-femme.

Les Cahiers de Don Rigoberto, c’est toute la classe et la maturité du romancier péruvien Vargas Llosa (Prix Nobel 2010).

Ce que le jour doit à la nuit de Yasmina Khadra
Le revers du succès pour un écrivain c’est qu’il prend otage en otage sa plume. C’est le sentiment que j’ai eu en lisant Ce que le jour doit à la nuit de Yasmina Khadra. Par peur de dérouter son lectorat, l’écrivain algérien reprend les mêmes recettes, celles qui ont fait sa fortune. Khadra, c’est une langue bien tournée, mais très souvent prévisible. L’auteur ne lésine ni sur les métaphores faciles ni sur les lieux communs. Et les dialogues sont parfois d’une platitude… insurmontable (niveau émission de Deguène Chimère sur Tfm). L’histoire est quand même belle : un amour impossible entre un jeune arabe Jonas et Emilie, une Française pied noir, sur fond de guerre d’indépendance en Algérie

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31. juil.
2014
Notes de lectures
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Cercueils sur mesure de Truman Capote

Si vous recevez un cercueil en miniature dans laquelle il y a votre photo, c’est que vous êtes le prochain sur la liste. Un mystérieux tueur en série sévit dans l’Ouest américain. Avant d’exécuter ses victimes, il leur envoie un étrange colis : cercueil + photo. L’enquêteur Jack Pepper traque jusqu’à l’obsession ce tueur illuminé et fantasque …  Jusqu’ à livrer avec lui une partie d’échecs.

Il y a, en condensé, dans cette nouvelle de Truman Capote tout ce que j’aime lire : du suspens, de la passion, et un peu de psychologie. Et surtout c’est génialement bien écrit !

Il y a quelques années, comme des millions de lecteurs dans le monde, j’ai été émerveillé par l’inoubliable De sang froid ; j’ai voulu relire Truman Capote : Cercueils sur mesure, présenté comme « le récit non romancé d’un crime américain », a été aussi une très belle expérience de lecture.

Virtuose de la plume, Truman Capote nait à la Nouvelle-Orléans en 1924 et meurt à Los Angeles en 84. Il laisse le souvenir d’un grand écrivain, journaliste et scénariste, ayant marqué la vie littéraire et mondaine américaine.

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23. juil.
2014
Notes de lectures
2

Johnny Chien Méchant d’Emmanuel Dongala

Johnny Chien Méchant fait partie de la littérature des guerres civiles africaines. Le roman d’Emmanuel Dongala est devenu un classique du genre, adapté au cinéma par Jean Stéphane Sauvaire  en 2008.

Le récit alterne la voix de deux adolescents pris dans une orgie de viols, de tueries et de pillages. Johnny Chien Méchant est enfant soldat à la tête d’une milice sans foi ni loi, qui sème la mort sur son sillage.

On est en Afrique, dans un pays qui pourrait bien être le Congo des années 90, le Libéria, le Sierre Léone des années 2000, ou le Centrafrique d’aujourd’hui. Mais les balles qui tuent sortent d’armes russes, israéliennes, américaines. Sur le terrain, les combats prennent d’ailleurs une résonance internationale, en écho à d’autres conflits : les batailles se déroulent dans un quartier nommé Kandahar ; les milices sont appelées « Tchétchènes » ; les mercenaires sont des Serbes, etc.

Laokalé, l’autre personnage du récit, est une jeune fille, qui tente de sauver sa peau et celle sa mère, veuve et cul-de-jatte.

C’est un récit haletant qui décrit avec talent l’horreur de ces guerres qui ont dévasté l’Afrique, où chaque bande armée prétend lutter pour la démocratie.

Mais ce sont « tous des chacals, des hyènes, sortis de leur tanière, attirés par l’odeur du sang et de la rapine ».

Dans ce chaos, Dongala peint avec justesse le cynisme des Ongs occidentales. Elles sauvent les gorilles des forêts tropicales sous prétexte qu’ils sont des espèces en voie d’extinction, et ignorent les populations civiles qui meurent sous les balles ?

Dongala écrit sans fioriture ni pathos, dans un style limpide et âpre. Sa formation de scientifique y est sans doute pour quelque chose. (Il est prof de Chimie aux Usa).

Certaines scènes sont insoutenables, comme ce passage où un gamin implore Johnny Chien Méchant de le laisser en vie.  En vain ; ou cette petite fille qui meurt broyée sous les roues d’un char. La plume de Dongala n’a–t-elle pas tremblé en écrivant ces passages ? Dommage que l’innocence soit totalement scarifiée à  l’horreur et à l’arbitraire.

(1) Johnny Chien méchant, Emmanuel Dongala, Le Serpent à Plumes, 2002 

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23. juil.
2014
Notes de lectures
0

Le père des Orphelins de Mario Soldati

Le père des Orphelins de Mario Soldati*

Qu’est ce peut se cacher derrière la conversation subite d’Antonio Pellizzari, hédoniste invétéré et égoïste notoire, qui ne soucie que de son bonheur? L’homme cultivé et raffiné, directeur d’opéra à Milan, La Scala, décide un bon matin de tout plaquer, et transforme sa somptueuse villa en orphelinat. Le narrateur, son ami, décide d’y voir clair dans cette surprenante décision. Il découvre alors un Pellizzari miné par un profond remord : dans un passé récent, pour sauver sa réputation et son honorabilité, le néo-samaritain avait laissé mourir un gamin. « Il avait fondé un orphelinat pour les enfants inconnus, mais il n’avait rien fait pour sauver une créature, peut-être la seule au monde à laquelle il se sentait lié par la chair. Il avait abandonné cette créature à elle-même ; à sa misère, comme s’il voulait la détacher de lui, comme s’il l’abhorrait. »
Autre découverte : le narrateur retrouve chez son ami néo-converti, des boutons de manchettes qu’on lui avait volées…

Dans Le père des orphelins, Mario Soldati aborde des thèmes familiers aux lecteurs de Graham Green. Les personnages, hantés par leur passé de débauche, sont en quête de rédemption. On y retrouve aussi les motifs de Dostoïevski : ces longues confessions, mélange d’aveux insolites, de mauvaise conscience et de bonnes résolutions.
Le style de Soldati est plaisant et fluide (si j’en juge par la traduction.)
Je suis sous le charme de ce passage. Le narrateur est dans le jardin de son ami Pellizzari, attendant qu’il le reçoive :
P 94 : « … Dans un coin, sous une tonnelle, près d’une cascade rouge et jaune de vigne vierge, qui recouvrait une exèdre de pierre, des niches, des statues, des pommes de pin, se trouvait un salon en osier. Je m’abandonnais dans un de ces fauteuils. Et tout en sommeillant, je savourais encore la douceur d’un octobre lombard, qui me disais-je, était peut-être le dernier de ma longue vie.»
Je suis fasciné par ce mélange d’abandon et de sérénité devant la mort.
Avec cette nouvelle, je découvre Mario Soldati, considéré comme l’un des plus grands écrivains italiens du 20ème siècle. Né en 1906 à Turin, dans une famille de marchands de soieries, Soldati a aussi réalisé une trentaine de films, mais il n’a jamais été reconnu comme un grand réalisateur. Il est l’auteur, entre autres, de La vérité sur l’affaire Motta, La Confession, La fuite en Italie. Il meurt en juin 99.
* Le père des Orphelins, Mario Soldati, Gallimard 99, pour la traduction française

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Auteur·e

L'auteur: diambar
Ouvrez ce journal, vous y trouverez mes angoisses de célibataire proche de la quarantaine qui vit encore chez ses parents, mais participe aux factures et aux charges du ménage, malgré un job de pigiste mal payé. Mais si vous avez envie d'escapade suivez-moi dans les ruelles étroites et animées de mon quartier populaire à Pikine, dans la banlieue de Dakar. Prenez ma main, sinon vous risquez de vous y perdre. Je vous montrerai comment on vit, on pleure, on rit, on meurt, on joue dans ce coin.

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